Autopsie d’un football à l’agonie

Parler du foot tunisien de façon générale, Suivi des compétitions des clubs tunisiens.
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Majed
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Inscription : 17 nov. 2002, 01:40

Voici le dossier dans sa globalité, c'est mieux que de le lire par chapitre sur le site. Je suis preneur de vos remarques et retour et surtout soutien pour lancer les assises de football qui sont à mon avis la façon la plus pertinente de rebondir.

AUTOPSIE D’UN FOOTBALL TUNISIEN A L’AGONIE

I. Prélude et contexte
Le football tunisien, autrefois un phare du football africain, traverse une période de stagnation et de déclin, menaçant son avenir. Ce sport roi, qui occupait jadis une place prépondérante dans le cœur des Tunisiens, se retrouve aujourd'hui confronté à une crise protéiforme, reflétant un malaise profond au sein de l'écosystème footballistique national.
Le passé glorieux, marqué par des victoires continentales semble s'éloigner inexorablement. Le football tunisien est aujourd'hui à la croisée des chemins, il doit à la fois reconquérir son public et retrouver sa place de loisir incontournable dans un paysage en constante évolution, tout en ayant l'ambition de retrouver sa place de chef de file du football arabe et africain.
Ceux qui suivent ce football depuis longtemps se rendent compte que les temps ont changé. Le contexte dans lequel évolue ce sport n'est plus le même. En effet, le paysage médiatique et social tunisien s'est considérablement transformé, offrant aux jeunes générations une multitude de loisirs et de divertissements. Les jeux vidéo, les réseaux sociaux, les plateformes de streaming et les sports émergents constituent aujourd'hui une concurrence féroce pour le football, naguère le loisir par excellence du tunisien. Les jeunes, souvent plus attirés par ces nouvelles formes de divertissement, se désintéressent progressivement du football traditionnel.
Ce désintérêt est d'autant plus préoccupant que la Fédération Tunisienne de Football (FTF) traverse elle-même une période de crise profonde. L'ancien président, en prison pour des accusations de corruption, et la vacance du poste après l'intérim non encore reconduit de son adjoint, témoignent d'une gouvernance défaillante et d'une incapacité à gérer les affaires du football tunisien de manière transparente et efficace. La FIFA, par son placement de la FTF sous tutelle, souligne la gravité de la crise et l'urgence d'une réforme profonde.
Cette crise s'étend au-delà de la gouvernance. Le football tunisien souffre également d'un manque d'investissement dans les infrastructures, la formation des joueurs et des entraîneurs, et la gestion financière des clubs. L'arbitrage, souvent sujet à controverse, ne contribue pas à l'amélioration de l'image du football tunisien.
Pour relancer le football tunisien, il est crucial de s'attaquer à ces cinq piliers fondamentaux :
• La gouvernance : Une gouvernance transparente, efficace et responsable est indispensable pour restaurer la confiance des supporters et des sponsors, et pour garantir un développement durable du football tunisien.
• La formation : L'investissement dans la formation des joueurs et des entraîneurs est crucial pour assurer la pérennité du football tunisien et pour permettre aux jeunes talents d'émerger.
• Les infrastructures : Des infrastructures de qualité sont nécessaires pour offrir aux joueurs et aux entraîneurs les meilleures conditions d'entraînement et de jeu, et pour attirer les supporters dans les stades.
• L’arbitrage : Un arbitrage juste et impartial est essentiel pour garantir l'équité des matchs et pour préserver l'intégrité du football tunisien.
• Le financement : Un financement adéquat est indispensable pour investir dans les joueurs, les infrastructures et la formation, et pour assurer la viabilité économique des clubs.
Ce dossier se propose d'analyser en profondeur chacun de ces cinq piliers, en mettant en lumière les défis et les opportunités qui se présentent au football tunisien. Il s'agira d'une autopsie, visant à identifier les causes de la crise actuelle et à proposer des solutions pour relancer ce sport et lui permettre de retrouver sa place de leader sur la scène africaine et arabe.

II. La Gouvernance du Football Tunisien : Un Système à Refondre
Le football tunisien, autrefois un modèle de réussite, est aujourd'hui confronté à une crise profonde de gouvernance qui menace son avenir. Cette crise touche à la fois la FTF et les clubs, mettant en lumière un système dysfonctionnel et obsolète.
La Fédération Tunisienne de Football : Un besoin urgent de refonte
La FTF, censée être le garant du développement du football tunisien, se retrouve à la croisée des chemins. La mise sous tutelle de la FIFA, une décision sans précédent, témoigne de l'état préoccupant de l'institution. Le manque de transparence, la communication opaque et l'absence d'une vision stratégique claire nourrissent un sentiment d'opacité et de désenchantement. Les décisions prises par la FTF sont souvent perçues comme unilatérales et sans consultation réelle des acteurs du football tunisien.
L'absence d'une stratégie globale et d'une vision à long terme pour le développement du football national est criante. Les actions menées sont souvent ponctuelles et non coordonnées, limitant leur impact réel. De plus, la FTF souffre d'un manque de ressources humaines qualifiées et d'expertise dans des domaines clés comme la gestion, le marketing, le développement et la communication. Cette situation fragilise l'institution et met en péril l'avenir du football tunisien.
A cela, s’ajoute des accusations de corruption et de favoritisme qui ternissent l'image du football tunisien. La gestion financière de la FTF est opaque et manque de transparence. L'excédent budgétaire présenté comme positif est en réalité un signe de manque d'investissement dans le football tunisien. Cet argent dormant devrait stratégiquement servir à financer le football amateur en particulier et aider le football professionnel qui vit des crises sans cesse depuis des années. La mise sous perfusion des clubs par les dirigeants de la FTF pour garantir une future réélection est totalement néfaste à la bonne marche d'un football professionnel sain.
Comme partout ailleurs, la FTF est censée gérer le football amateur et les sélections nationales. Or, elle est restée le décisionnaire népotique et despotique du football professionnel que devait gérer la LNFP. Personne ne connaît le président de la LNPF, qui devrait être le patron du football professionnel et qui doit mener la LP1 au sommet du continent. Personne ne veut revivre l'épisode de la Chebba où l'égo du président de la FTF a primé sur l'intérêt du football tunisien. Les décisions doivent être prises dans l'intérêt du football et des parties prenantes, en favorisant l'équité et la croissance du sport.
Autre point qui irrite les acteurs du football est la commission de litige de la fédération qui est accusée de corruption. Plusieurs joueurs se sont pleins de la difficulté à obtenir gain de cause face à leur club. Les dossiers trainent dans le temps à moins de passer par les avocats préférés de la commission, souvent eux-mêmes membres, et qui réduisent drastiquement les compensations et les droits des joueurs pour en glaner une partie.
Enfin, la FTF, qui est garante de la performance et de l'efficience du football tunisien, n'a jamais entrepris de mettre en place une direction nationale de contrôle de gestion pour que les clubs soient supervisés sur le plan juridique et financier. Cette absence de contrôle a contribué aux dérives qu'a vécues notre football ces dernières années et qui ont touché tous les clubs professionnels sans exception.
Les clubs : Un modèle économique obsolète et une gestion chaotique
Du côté des clubs, la situation n'est guère meilleure. Ils sont souvent gérés de manière informelle, avec des structures de gouvernance faibles et un manque de transparence dans la gestion des finances. Ils sont trop dépendants des subventions, ce qui les rend vulnérables aux fluctuations politiques et à la pression pour obtenir des résultats immédiats. Ils manquent de professionnels qualifiés dans les domaines de la gestion, du marketing, des finances et du développement sportif et manquent surtout d'une vision stratégique pour le développement de leur infrastructure, de leurs équipes et de leur image de marque.
La réalité est que le régime professionnel est boiteux par essence dans la mesure où l'état tunisien maintient le statut associatif des clubs, ce qui est un frein majeur dans la professionnalisation effective de ces derniers. Partout ailleurs, les clubs sont détenus par des acteurs privés ou publics qui garantissent une responsabilité forte des propriétaires. Cet engagement minimise le risque d'utiliser le club comme un tremplin pour des objectifs plus vastes qu'ils soient politiques ou économiques mais surtout toutes les crises et les instabilités qui découlent de ce statut.
Malheureusement, les clubs tunisiens sont dépassés par les événements. Ils ne respectent pas leurs engagements contractuels, ce qui amène à des sanctions internationales et à des interdictions de recrutement. Ils ne payent pas forcément leur joueur, ce qui amène à des grèves ou des bras de fer entre joueurs et clubs qui fuient vers des championnats moins compétitifs mais plus sûrs, en témoigne l'exode des joueurs au Golfe ou même en Lybie.
En réalité, la structuration même des clubs, censés être professionnels, est à déplorer. Le manque de compétence managériale dans les strates dirigeantes et l'absence de stratégie à moyen terme limitent l'évolution des clubs et leur constance dans le temps. L'instabilité au niveau de la présidence, en dehors de l'Espérance de Tunis, chamboule chaque année ou tous les deux ans la vie au sein des clubs.
Que dire de l’Assemblée Générale où les rapports financiers sont maigres et parfois absents, les candidatures sont inexistantes et les votant payent leur abonnement la veille de l’AG ce qui laisse toute la latitude à des manœuvres délictuelles.
La non-adéquation des moyens mis en œuvre et des moyens nécessaires dénote de l'absence de créativité et de compétence de gestion des dirigeants qui trop souvent laissent une grosse ardoise que les supporters ou les successeurs doivent résorber. Les clubs portent une responsabilité conjointe avec la fédération dans la non-adaptation du football tunisien à la hausse du marché du football international qui rend nos clubs vulnérables et dans une situation précaire.
Des solutions urgentes pour refondre la gouvernance du football tunisien
Pour relancer le football tunisien, il est impératif de s'attaquer à la crise de gouvernance qui le paralyse. Il est nécessaire de mettre en place des réformes profondes et radicales pour garantir un développement durable du football tunisien.
1. Pour la FTF :
• Réformer les statuts pour des élections ouvertes, libres et transparentes sans critères trop restrictifs et changeants pour bloquer certaines candidatures à la présidence de l'instance faitière.
• Limiter le mandat des dirigeants à un seul exercice de cinq ans.
• Mettre en place un processus de sélection transparent et basé sur le mérite avec des critères stricts de compétence et d'intégrité pour les postes de décision.
• Mettre en place un code de bonne conduite strict pour lutter contre la corruption et le favoritisme.
• Nommer un directeur administratif et financier indépendant et compétent.
• Publier régulièrement les comptes de la FTF et mettre en place un audit indépendant.
• Renforcer les mécanismes de responsabilité et de reddition de comptes au sein de toutes les instances dirigeantes.
• Élaborer un plan de développement ambitieux sur 10 ans pour le football tunisien, avec des objectifs clairs et mesurables.
• Créer des commissions techniques par secteur (formation, arbitrage, infrastructures, financement et juridique).
• Mettre en place une direction nationale de contrôle de gestion qui a autorité de rétrograder les clubs ou de refuser leur promotion en cas de manquement grave.
• Créer un conseil consultatif composé d'experts du football, d'anciens joueurs, de représentants des clubs et des supporters pour conseiller la FTF sur les décisions stratégiques.
• Limiter les prérogatives de la FTF au football amateur et aux sélections nationales en renforçant le pouvoir de la LNFP sur les championnats professionnels.
2. Pour les clubs :
• Réformer le statut des clubs et les ouvrir à un professionnalisme total avec un plan de bascule progressif de l'ancien régime d'association à but non lucratif vers le nouveau régime de société anonyme sportive professionnelle.
• Définir un protocole de subvention avec le ministère des sports et le ministère de l'intérieur dont dépendent les délégations pour que les fonds soient transférés aux clubs, amateurs ou encore sous statut associatif, à la date et au montant signé dans le protocole.
• Mettre en place une direction nationale de contrôle de gestion qui agit avant les sanctions de la FIFA et garantit la bonne gestion juridique et financière des clubs où le rapport financier est obligatoire et concis à chaque AG.
• Nommer une commission de litige élargie et gratuite au sein de la fédération avec une prérogative de donner un jugement dans les 60 jours qui suivent la demande initiale.
• Réformer les statuts des clubs, encore sous statut associatif, pour que le droit de vote soit octroyé aux votants dont l'abonnement a été validé au maximum au 31 décembre de la saison en cours.
• Mettre en place et former des professionnels qualifiés dans les domaines de la gestion, du marketing, des finances et du développement sportif. Cette formation doit être dispensée à toutes les personnes qui doivent occuper un poste de décisionnaire dans les clubs professionnels et amateurs. Elle devra être prise en charge par la FTF pour les clubs amateurs.

III. La Formation : Un Potentiel à Développer
Le développement et la formation des joueurs constituent un pilier fondamental pour le renouveau du football tunisien. La capacité à identifier, à former et à encadrer les jeunes talents est la clé pour bâtir une équipe nationale compétitive et assurer la pérennité du football local. Or, le système actuel de formation souffre de nombreux dysfonctionnements, freinant l'émergence de joueurs de haut niveau et impactant négativement le niveau global du football tunisien.
Les clubs professionnels ne s'investissent pas suffisamment dans la formation des jeunes. La priorité est souvent donnée aux résultats immédiats, au détriment de la construction d'une base solide pour l'avenir. Le manque de ressources financières et l'absence d'une vision à long terme expliquent ce désengagement. La FTF ne soutient pas assez le football amateur, qui est pourtant l'antichambre du football professionnel. Ce manque de soutien limite son développement et empêche l'émergence de nouveaux talents.
La majorité des centres de formation sont souvent délabrés et manquent d'équipements adéquats. Les terrains d'entraînement sont souvent en mauvais état, les vestiaires sont vétustes et les équipements sportifs sont obsolètes. Ce manque d'investissements dans les infrastructures nuit à la qualité de la formation et à la motivation des jeunes joueurs. De plus, les joueurs formés ne bénéficient pas d'un suivi et d'un encadrement adéquats après leur formation. L'absence de structures dédiées à l'intégration des jeunes joueurs dans le football professionnel et à leur développement continu crée un fossé entre la formation et la pratique du haut niveau.
Le constat est alarmant : le niveau des joueurs tunisiens est en baisse. Le football local est incapable de produire des joueurs tunisiens de classe mondiale. Pire encore, le football tunisien a du mal à former des attaquants efficaces. Les académies de football pullulent, mais la rencontre avec le football professionnel ne s’effectue pas convenablement. Certains centres de formation, notamment ceux du "BIG 4", disposent de moyens importants mais ne donnent pas satisfaction. La culture du professionnalisme et la discipline font défaut. La détection, la formation et l'encadrement sont donc à revoir.
Par ailleurs, le niveau des entraîneurs est très inégal, avec un faible niveau de qualification des entraîneurs des jeunes. Une bonne partie des entraîneurs des jeunes est sans diplôme, ce qui est problématique car les bases de la formation sont essentielles au développement des joueurs. La FTF et les clubs doivent investir davantage dans la formation des entraîneurs, en leur offrant des formations de qualité et en leur permettant d'acquérir les compétences nécessaires pour encadrer les jeunes joueurs. Il est crucial de mettre en place des programmes de formation continue pour les entraîneurs.
La formation à la tunisienne est à revoir complètement. Voici un plan d'action pour une transformation profonde :
• Investir dans les Infrastructures :
• Établir un cahier des charges pour la Ligue Professionnelle 1 (LP1) qui oblige les clubs à investir dans les infrastructures de formation et à rénover les centres de formation en les dotant d'équipements modernes.
• Cofinancer par la FTF la construction de centres de formation modernes pour les clubs de Ligue Professionnelle 2 (LP2) et construire 5 centres de formation régionaux ultra-modernes.
• Mettre en place des programmes de soutien financier pour les clubs afin de les aider à améliorer leurs infrastructures.
• S'inspirer des Meilleurs Modèles :
• S'inspirer du modèle de formation européen en allant chercher les compétences françaises, espagnoles ou allemandes pour diriger les 5 centres de formation régionaux et inciter les clubs à suivre ce modèle.
• Établir des partenariats avec les clubs étrangers pour faciliter les échanges dans la formation et l'intégration des jeunes talents tunisiens dans les championnats européens.
• Développer un Réseau National de Suivi et de Promotion :
• Définir les modalités d’échange et d’intégration des jeunes talents issus des académies commerciales.
• Mettre en place un réseau national de suivi des jeunes talents, avec des scouts et des observateurs qualifiés.
• Encourager et financer la participation des jeunes à des tournois et compétitions de haut niveau.
• Promouvoir un Style de Jeu Offensif et Développer les Attaquants :
• Encourager les jeunes à jouer en attaque et promouvoir un style de jeu offensif, qui met l'accent sur la création d'occasions de but et sur l'efficacité devant le but dès leur plus jeune âge.
• Mettre en place des programmes d'entraînement spécifiques pour les jeunes attaquants, axés sur les compétences techniques, tactiques et mentales nécessaires à ce poste.
• Renforcer l'Encadrement et la Professionnalisation :
• Instaurer un salaire minimum jeune et un dispositif d'accompagnement à mettre en place dans les clubs.
• Mettre en place un programme de formation de 300 nouveaux entraîneurs sur 5 ans, avec des certifications reconnues.

IV. Terrains et Stades : Un Appel à la Modernisation et à l'Investissement
Le football tunisien aspire à retrouver sa place de leader sur la scène africaine. Pour y parvenir, il est crucial de créer un environnement propice à la pratique du sport et à l'expérience des spectateurs. Des terrains de football et des stades de qualité sont indispensables pour offrir aux joueurs, aux officiels et au public des conditions optimales.
Malheureusement, la plupart des stades tunisiens sont vétustes et ne répondent pas aux normes internationales en termes de sécurité, de confort et d'équipements. Les stades existants manquent d'entretien régulier, ce qui entraîne une dégradation progressive de leurs infrastructures. Les terrains de jeu sont souvent de mauvaise qualité, ce qui affecte le niveau de jeu et augmente le risque de blessures. Le pays manque de nouveaux stades modernes et multifonctionnels, capables d'accueillir des événements sportifs de grande envergure. A ce jour, seuls les stades de Rades et de Sousse sont aptes à accueillir des compétitions africaines. Une situation inacceptable pour un pays qui se veut redevenir le leader du football africain.
La rénovation des stades prend des lustres et est sujette à de la corruption. La rénovation chaotique du stade de Bizerte, les délais de rénovation du stade de Sousse et pire encore celui d’El Menzah sont autant de problèmes incompréhensibles. Cette situation reflète un manque de planification et de coordination, ainsi qu'un manque d'engagement envers la modernisation des infrastructures sportives.
Il est vrai que les stades appartiennent à l'État et que les clubs et la fédération ne peuvent pas être tenus responsables de cet état de fait. Cependant, ils doivent jouer un rôle d'influence pour faire avancer les travaux sous la tutelle du ministère des sports et faire en sorte que leur entretien soit régulier. Idéalement, ces stades devraient être cédés aux clubs, qui les utilisent principalement, voire uniquement, en échange d'une primauté à la sélection nationale.
Au-delà des terrains et des stades, le développement des infrastructures sportives plus larges est essentiel pour soutenir la croissance du football tunisien. Cela comprend les centres d'entraînement, les installations médicales, les centres de récupération, etc. Ces infrastructures sont essentielles pour la formation des joueurs, leur récupération et leur performance.
La situation est tellement dramatique qu'il faut un plan pluriannuel pour redresser la barre. Ce plan doit s’appuyer sur les points suivants :
• Prise de Contrôle par les Clubs :
• Convaincre l'État de vendre les stades aux clubs professionnels de LP1 et LP2 en s'appuyant sur le ministère des sports et établir une norme qualité obligatoire pour les terrains et les stades.
• Définir un plan de modernisation des infrastructures existantes répondant aux normes internationales par les clubs en échange de l'acquisition des stades.
• Maintenance et Modernisation :
• Mettre en place un programme de maintenance régulière pour garantir que les terrains et les stades restent en bon état.
• Promouvoir l'utilisation de technologies avancées, telles que la vidéosurveillance et les systèmes d'éclairage, pour améliorer la sécurité et la qualité des matchs.
• Développement des Infrastructures Amateurs :
• Doter chaque club amateur de vestiaires et terrains d'entraînement.
• Investissements et Partenariats Public-Privé :
• Encourager les investisseurs privés à investir dans les infrastructures sportives.
• Promouvoir les partenariats public-privé pour financer et gérer les infrastructures sportives.
• Accès à des Installations Spécialisées :
• Établir des partenariats avec des clubs et des institutions pour accéder à des installations spécialisées, telles que des centres médicaux et de récupération.

V. Arbitrage : Un Corps Arbitral à Renforcer
L'arbitrage est un élément fondamental pour garantir l'équité et l'intégrité des matchs de football. Des arbitres compétents et impartiaux sont essentiels pour maintenir la confiance dans le sport et pour garantir que les résultats des matchs reflètent la performance des équipes sur le terrain.
Malheureusement, les arbitres tunisiens sont très décriés, avec de nombreuses polémiques d'arbitrage chaque saison. Le pays manque de formateurs qualifiés pour former les arbitres, ce qui affecte la qualité de leur formation. Par ailleurs, il n'y a pas de système de suivi et d'évaluation régulier des arbitres, ce qui ne permet pas d'identifier les points faibles et de les corriger. Le processus de sélection des arbitres manque de transparence, ce qui soulève des questions de favoritisme et de corruption. La commission d'arbitrage cède un peu trop aux pressions des clubs et ne soutient pas assez les arbitres critiqués par les clubs, même lorsqu'ils ne sont pas en tort.
L'absence régulière des arbitres tunisiens dans les joutes internationales confirme la mauvaise qualité du corps arbitral. Cette situation est inacceptable et met en péril l'image du football tunisien. Une réforme profonde est donc nécessaire pour redorer le blason de l'arbitrage tunisien.
Voici un plan d'action pour transformer l'arbitrage tunisien et le hisser au niveau international :
• Renforcer la Formation :
• Renforcer les programmes de formation des arbitres en mettant l'accent sur la compréhension des lois du jeu, la prise de décision objective et la gestion des matchs difficiles.
• Établir des mécanismes d'évaluation régulière des performances des arbitres, y compris la mise en place de comités indépendants chargés de l'évaluation.
• Promouvoir la Transparence et la Responsabilité :
• Promouvoir la transparence et la responsabilité dans le processus d'arbitrage en publiant les résultats des évaluations et des sanctions prises en cas de mauvaise conduite.
• Créer un centre national de formation au plus haut niveau en recrutant des formateurs arbitres étrangers de renom.
• Garantir l'Indépendance et la Justice Sportive :
• Garantir une indépendance totale de la commission d'arbitres sous une présidence non affiliée à la FTF.
• Mettre en place des sanctions aux dirigeants et entraineurs qui critiquent les arbitres et nourrissent la diffamation.
Il est important de rappeler que la responsabilité de l'arbitrage ne repose pas uniquement sur les arbitres eux-mêmes. Les clubs, les dirigeants, les entraîneurs et les supporters doivent également jouer un rôle crucial en respectant les arbitres et en contribuant à créer un environnement positif et respectueux.

VI. Financement du Football : Un Modèle à Repenser
Le football tunisien, malgré son riche passé et son potentiel immense, est confronté à des difficultés financières récurrentes qui freinent son développement et sa compétitivité. Les clubs, souvent en proie à des problèmes de trésorerie, peinent à investir dans les joueurs, les infrastructures et la formation, limitant ainsi leur capacité à rivaliser avec les clubs étrangers et à produire des joueurs de haut niveau. Cette situation est due à un manque de professionnalisme dans la gestion financière, à un manque de stratégies marketing efficaces et à un manque d'attractivité du football tunisien sur la scène internationale.
La gestion des comptes est souvent opaque, les dépenses sont souvent incontrôlées et les audits sont souvent absents et la communication avec les supporters est souvent limitée.
En termes de sponsoring, les entreprises tunisiennes ne s'investissent pas suffisamment dans le parrainage du football. Le manque de professionnalisme dans la gestion des clubs, la faible visibilité du football tunisien localement et à l'international ainsi que la perception d'un manque de retour sur investissement dissuadent les sponsors potentiels. Seul le "BIG 4" tire son épingle du jeu, et encore.
Pour ce qui est des droits TV, ils sont faibles et mal négociés. Le manque de professionnalisme dans la négociation des contrats TV par la FTF est désastreux pour la santé financière du football tunisien. La diffusion des matchs sur les pages Facebook est calamiteuse pour la valeur marchande du championnat. Ces droits TV sont censés être la première source de revenus pour les clubs professionnels avec une quote-part à réserver pour soutenir le football amateur. L’échec de la fédération dans ce dossier sur ces 15 dernières années est dramatique.
La situation doit absolument changer et faire de la LP1 voire de la LP2 un spectacle attractif. Pour cela, il faut mettre les moyens dans la qualité de la diffusion, dans l’attractivité du championnat en attirant des joueurs de haut niveau, dans la qualité des terrains et des stades pour que le spectacle soit au rendez-vous et enfin dans les gradins pour que le public soit nombreux et festif. La fédération doit œuvrer pour enlever les limitations des jauges dans les stades et faire revenir le public en masse. Les autorités doivent être capables de gérer des matchs avec des supporters des deux équipes et des stades pleins. C’est à la fois bénéfique pour la revente des droits TV mais aussi et surtout pour les recettes billetterie, autre source importante de revenus pour les clubs.
Sur un autre plan et dans un pays où la contrefaçon est un mode de vie, il est difficile pour les clubs de vivre de la vente des produits dérivés. Celle-ci reste limitée alors que dans d’autres pays, c’est une manne financière importante. Le rôle de la fédération est de créer un terrain favorable à cette commercialisation en appelant les pouvoirs publics à normaliser et protéger la vente de ces produits et mettre les moyens dans les contrôles pour que les clubs puissent en vivre.
Le changement de statut des clubs que nous prônons est un des moyens les plus efficaces pour résoudre cette difficile équation. La hausse du marché mondial du football ne permet plus d’avoir un Président capable d’injecter des millions de dinars sans un retour sur investissement et sans une responsabilité fortement engagée. L’absence des rapports financiers fiables et auditables laissent toujours planer le doute sur les réels moyens injectés par ces présidents et qui très souvent se retrouvent incapables de s’aligner sur le marché mondial à moins d’endetter fortement le club ou de ne plus respecter les engagements contractuels et advienne que pourra. Ce sont les suivants ou les supporters qui vont payer les pots cassés, d’où les sanctions qui pleuvent de la FIFA sur le terrain du football tunisien.
Bien que chaque club doive gérer son propre financement, il est important pour la fédération, organe garant du bon fonctionnement du football, de favoriser la bonne santé financière et d’investir massivement dans le football amateur. Nous pensons qu’un certain nombre d’actions sont nécessaires pour relever le défi de rester compétitif sur l’échiquier continental et mondial. Outre ce qui avait déjà été listé dans le chapitre gouvernance, ces actions sont :
• Faire revenir le Public :
• Négocier avec l’état pour faire revenir le public à la capacité maximale des stades. La FTF doit s’appuyer sur le ministère des sports pour que le ministère de l’intérieur autorise de nouveau le public adverse et assure la sécurité des matchs à hauteur de la jauge totale des gradins.
• Digitaliser la totalité de la billetterie des clubs professionnels pour garantir la sécurité et la possibilité des sanctions en cas de débordements évitant ainsi les décisions drastiques de réduction de jauges.
• Renforcer la Négociation des Droits TV :
• Nommer un responsable hautement qualifié dans les négociations des droits TV au sein de la LNFP.
• Promouvoir le Sponsoring et les Partenariats :
• Encourager les partenariats avec des entreprises locales et internationales pour le sponsoring des équipes, des compétitions et des infrastructures. Négocier avec l’état des avantages fiscaux pour les sponsors.
• Parrainer le développement de la billetterie, les stratégies marketing et l'hospitalité événementielle à destination des clubs.
• Lutter contre la Contrefaçon :
• Signer un protocole de protection des produits dérivés avec le ministère du commerce qui garantit un contrôle accru et des sanctions financières pour les contrevenants.
• Renforcer la Transparence et le Contrôle :
• Mettre en place des mécanismes de suivi et de contrôle stricts pour garantir une utilisation efficace et transparente des ressources financières.

VII. Assises du Football Tunisien : Un Appel à l'Union et à la Réforme
L'autopsie du football tunisien, menée dans ce dossier, révèle une situation critique, un diagnostic sévère et un besoin urgent de réformes profondes sur tous les aspects du sport. Le rebond du football tunisien est possible, mais il nécessite un plan de redressement ambitieux et une mobilisation sans faille de tous les acteurs.
Un Appel à l'Union : Assises du Football Tunisien
Pour répondre à cette nécessité, nous lançons un appel à la tenue d'Assises du Football Tunisien, un événement crucial pour rassembler les forces vives du football tunisien et élaborer un plan d'action consensuel pour relancer le sport.
Objectifs des Assises :
• Rassembler et Unir : Rassembler tous les acteurs du football tunisien, de la FTF et ses instances affiliées aux clubs professionnels et amateurs, en passant par les joueurs, les entraîneurs, les arbitres, les supporters, les sponsors, les médias, les juristes et les experts du football, ainsi que des experts internationaux.
• Diagnostiquer et Identifier : Analyser en profondeur la situation actuelle du football tunisien, identifier les problèmes majeurs et les solutions possibles.
• Élaborer un Plan d'Action : Définir un plan d'action stratégique et ambitieux pour le développement du football tunisien, s'appuyant sur les conclusions des discussions et des analyses.
Structure et Agenda des Assises :
Les Assises se dérouleront sur trois jours, avec un agenda structuré pour couvrir tous les aspects du football tunisien :
• Jour 1 : Gouvernance, Infrastructures et Financement
• Jour 2 : Joueurs, Formation et Arbitrage
• Jour 3 : Supporters, Environnement des Clubs et Feuille de Route
Chaque journée comprendra :
• Diagnostic : Une analyse approfondie de la situation actuelle.
• Problèmes et Solutions : Identification des problèmes majeurs et des solutions possibles.
• Plan d'Action : Élaboration d'un plan d'action stratégique pour le développement.
Résultats Attendus :
• Feuille de Route : Adoption d'une feuille de route sur 10 ans pour le développement du football tunisien, définissant les objectifs, les actions et les échéances.
• Comité de Suivi : Mise en place d'un comité de suivi indépendant et représentatif pour assurer la mise en œuvre du plan d'action et garantir sa réussite.

VIII. Epilogue
Ce dossier, une autopsie minutieuse de l'état du football tunisien, a révélé un diagnostic alarmant, mettant en lumière des dysfonctionnements profonds et un manque de vision stratégique. De la gouvernance opaque et inefficace à la gestion financière chaotique, en passant par des infrastructures délabrées, un manque de formation adéquat et une absence de marketing efficace, le football tunisien est confronté à une multitude de défis. Les clubs peinent à survivre, les joueurs manquent de perspectives et les supporters se désintéressent. La compétitivité sur la scène internationale est compromise, et le rêve d'un football tunisien prospère et performant s'éloigne de jour en jour.
Ce dossier n'est pas un simple constat d'échec, mais un appel à la renaissance du football tunisien. Il est urgent de mettre en place des réformes profondes et structurelles, de repenser le modèle de gestion, de promouvoir la transparence et de favoriser l'investissement.
Pour relancer le football tunisien, il est nécessaire de mettre en œuvre un plan d'action ambitieux et consensuel, s'appuyant sur les recommandations formulées dans ce dossier. Ce plan doit s'articuler autour de plusieurs axes clés :
• Gouvernance : Renforcer la gouvernance de la FTF, garantir la transparence, la bonne gestion et l'équité.
• Infrastructures : Investir dans des infrastructures modernes et performantes, tant pour les clubs professionnels que pour le football amateur.
• Financement : Mettre en place un système de financement durable, diversifié et transparent, en encourageant les investissements privés et en maximisant les revenus des droits TV.
• Formation : Développer un système de formation performant et adapté aux besoins du football moderne, en investissant dans les jeunes talents et en favorisant l'émergence de nouveaux entraîneurs.
• Arbitrage : Renforcer la qualité de l'arbitrage, garantir l'intégrité et la compétence des arbitres.
• Marketing : Développer des stratégies marketing efficaces pour promouvoir le football tunisien, attirer les sponsors et fidéliser les supporters.
• Supporters : Créer un environnement favorable aux supporters, garantir leur sécurité, leur participation active et définir une stratégie globale autour de l’expérience supporter.

Pour mettre en œuvre ce plan d'action ambitieux, il est essentiel de rassembler toutes les forces vives du football tunisien. Les Assises du Football Tunisien, proposées dans ce dossier, constituent une plateforme idéale pour dialoguer, réfléchir et élaborer un plan d'action consensuel.
sinano70
Messages : 4027
Inscription : 10 mai 2011, 03:53

bravo tres bonne analyse
des gens comme toi doivent avoir des postes ds la prochaine federation
moi je te nomme directe president
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